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MASSACRES A BENI : D'où est venue la thèse islamistes attribuée aux massacreurs de la population de cette partie Est de La RDC?

MASSACRES A BENI : D'où est venue la thèse islamistes attribuée aux massacreurs de la population de cette partie Est de La RDC? Featured

Les massacres de la population qui ont commencé en 2014, se poursuivent à Beni, Province du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo. Ils sont attribués aux éléments de la rébellion Ougandaise des forces démocratiques et alliées (ADF) que les officiels Congolais présentent comme des terroristes islamistes.

Dans la région de Beni, y a-t-il des terroristes islamistes ?

Nous ne connaissons pas trop mais, nous allons essayer d'expliquer d'où est venue la thèse de la présence des terroristes islamistes dans la région de Beni conformément aux recherches que la CRDH continue à mener pour mieux comprendre ce qui se passe à Beni Ville et Territoire.

La version officielle consiste à présenter les ADF comme des terroristes islamistes Ougandais, en lien avec des groupes terroristes étrangers, et qui massacrent les populations dans le cadre de leur nouvelle stratégie (guerre des musulmans radicaux contre les chrétiens). Selon les officiels congolais, les ADF feraient partie d'un réseau transnational d'islamistes qui s'étend jusqu'au Sahel, en passant par "Boko Haram" et les "El-Shebab" Somaliens, voire les "Talibans" en Afghanistan. Cette thèse n'a jamais été acceptée sur le plan international puisque plusieurs recherches que l'ONU et d'autres organisations internationales ont déjà réalisées pour vérifier révèlent que la relation entre les rebelles Ougandais de l'ADF et le réseau transnational d'islamistes n'existe pas. Certes, ceux qui tuent à Beni, parmi eux il y a des Ougandais, mais aussi parmi eux on trouve des rwandais, somaliens, Tanzaniens, Burundais, Congolais...

Peut-être parmi eux il y a effectivement les résidus des ADF puisque tous occupent la même zone, mais en faisant des simples analyses sur la situation de Beni et le mode opératoire des bourreaux, on comprend qu'on a à faire à autre chose que l'ADF, le vrai. Le nom ADF semble être un nom commun qu'on attribue à tous les groupes armés qui sont dans cette zone et cela est parmi ce qui complique la situation sur terrain. Aussi longtemps que ce groupe qui massacre les Congolais en Territoire de Beni ne sera pas encore identifié d'une manière très claire, les massacres se reproduiront toujours, les véritables auteurs et leurs complices étant toujours à l'abri d'accusations directes. Protégés par un énorme mensonge systématique d'État, ils peuvent ainsi continuer de tuer la population en toute impunité.

Cette thèse a été bâtie à partir de la confidence d'un mystérieux personnage qui se présenta comme transfuge des ADF et qui est connu sous le sobriquet de "Mr x". Durant des mois, ce fameux "Mr x" sera l'informateur de la Monusco sur les ADF jusqu'à ce que des recherches aboutissent à un constat accablant. L'homme est un affabulateur qui inventait ses récits et racontait n'importe quoi. Le chercheur américain Daniel Fahey, ancien coordonnateur du groupe d'experts de l'ONU sur la RDC, l'a rencontré et a publié un article intitulé "l'homme qui a floué l'ONU", dans lequel il énumère la litanie des mensonges sur les ADF que ce monsieur a réussi à faire avaliser par le gouvernement Congolais et la MONUSCO.

Pour comprendre l'affaire ADF, il faut se situer dans le temps. L'histoire des ADF a évolué passant d'une phase à l'autre: de 1995 à Avril 2014; puis d'octobre 2014 jusque présent.

 Les vrais ADFs  de 1995 à avril 2014

En 1995, après avoir été chassés en Ouganda d'où ils sont originaires, les Adf, un groupe armé de tendance radical-islamiste, ont établi leur base arrière dans le Territoire de Beni à l'Est de la RDC suite à une alliance avec l'armée nationale pour la libération de l'Ouganda (NALU), un autre mouvement rebelle Ougandais installé dans le Territoire de Beni depuis 1988. Cette fusion donnant naissance à une coalition connue sous l'acronyme "ADF-NALU". L'objectif commun de ces deux groupes était de renverser le régime de Yoheri Kaguta Museveni, Président de la république de l'Ouganda. En Décembre 2017, les combattants de NALU se sont rendus, dans le cadre des pourparlers de paix avec Kampala. Le 17 Mars 2018, le gouvernement Ougandais a reconnu le Royaume du Lwanzururu, satisfaisant ainsi la principale revendication des combattants NALU. Seuls les ADF sont donc restés dans le maquis à Beni sur le sol Congolais.

Pour revenir aux ADF, fin 2013, après la victoire de l'armée régulière FARDC sur les rebelles du M23, les FARDC et la Monusco ont été déployés dans la région de Beni pour mener des opérations militaires contre les groupes armés, principalement l'ADF qui s'était déjà rendu célèbre dans les Kidnappings de la population, une façon pour eux de gonfler leur effectif. Malgré l'assassinat mystérieux de l'officier qui devait piloter la première phase des opérations, le colonel Mamadou Ndala, le 02 Janvier 2014, la campagne militaire fut menée avec succès sous le commandement du général Jean Lucien Bauma Ambamba. Elle fut achevée en avril 2024 avec la reprise de tous les bastions et petites positions que contrôlaient les ADF, dont Medina, leur centre de commandement. Le leader des ADF Jamil Mukulu avait fui Beni dès Février 2014, abandonnant ses troupes en pleine débandade. Il sera arrêté en Tanzanie en Mars 2015 puis transféré en Ouganda où son procès a été ouvert par la justice Ougandaise il y a quelques mois. Dans leur rapport du Janvier 2015, après le succès de l'opération Sokola 1, les experts de l'ONU décrivent les ADF comme une organisation finie. Il n'en restait qu'une trentaine d'individus sans armes ni munitions, et privés par ailleurs des sources de ravitaillement. C'est ici en réalité, que s'achève l'histoire des ADF, "les vrais", le mouvement de Jamil Mukulu qui croupit en prison en Ouganda. 750 soldats Congolais avaient péri dans les combats, un véritable sacrifice qui permit de ramener la paix dans cette partie du pays.

Dès lors, d'où sont venus les ADF dont on parle aujourd'hui et qui sont capables à défier toute une armée nationale et la force Onusienne pendant 4 ans en train de massacrer la population, piller, bruler les maisons d'habitations, tendre les embuscades dans les tronçons routiers ?

Quelle est leur revendication auprès du gouvernement Congolais qui sa population est en train de payer le prix à Beni? S'ils sont des ADF, les vrais, qui leur objectif est connu : renverser le régime de Kampala, en s'attaquant à la population Congolaise et à son armée, parviendront-il à atteindre leur objectif, celui de renverser le pouvoir de Kampala en massacrant la population de Beni ?

S'ils sont réellement des terroristes islamistes faisant partie d'un réseau transnational d'islamistes qui s'étend jusqu'au Sahel, en passant par Boko Haram et les Al-Shebab somaliens, pourquoi pendant leurs attaques ils pillent même des porcs, tuent des musulmans comme eux (cas des massacre du 22 Septembre 2018 en ville de Beni où 5 musulmans vêtus en soutane ont été lâchement abattus)?

Les vrais terroristes revendiquent toujours leurs attaques mais ceux de Beni sont un peu particuliers, ils tuent seulement pour tuer et commettent d'autres exactions contre la population civile sans rien dire et lors de pillages, ils emportent tous sauf rien(même les porcs) d'où l'idée de croire à une présence d'un autre groupe rebelle implanté dans la région de Beni dans le rayon jadis contrôlé par les vrais ADF pour des objectifs autres que celui des vrais ADF. Ce qui est aussi curieux est que, ces tueurs sont souvent vêtus en tenue de l'armée régulière FARDC, une fois les éléments de l'armée régulière changent l'habillement pour éviter la confusion sur terrain, au même moment l'habillement change aussi chez les bourreaux, quel mystère ? Ces terroristes ont-ils la même source d'approvisionnement militaire avec les FARDC ou comment ?

Ces assaillants qui n'ont jamais revendiqué leurs attaques comme les font souvent d'autres groupes terroristes islamistes connus seraient des éléments injectés dans la région de Beni et ITURI où les massacres se commettent dans le cadre d'un complot faisant régional visant à anéantir les populations autochtones par la terreur et les actes d'extrême cruauté pour le contraindre à fuir, à abandonner leurs terres d'où la qualification d'un "génocide " retenue par les hautes autorités de l'église catholique de la région, selon la déclaration du 18 février 2016 adressée au Secrétaire général de l'ONU par les députés du Caucus Grand Nord.

Une autre hypothèse, ces faux ADF qui ont pris la population de Beni pour leur cible particulière, seraient en train de jouer un rôle politique pour justifier la non tenue des élections prévues le 23 décembre de cette année 2018, au motif qu'il est pratiquement impossible d’aller aux élections pendant qu'une partie de la République est en feu. Dans le cas de cette hypothèse, c'est le régime actuel qui est bénéficiaire des crimes qui se commettent à Beni, c'est la politique de la terre brûlée.

D'autres détails, dans nos analyses prochaines sur ce qui se passe dans la région de Beni. Prochainement nous pouvons développer quelque chose sur " les faux ADF dans la région de Beni"

 

Maître Jean-Paul PALUKU NGAHANGONDI

Coordonnateur national de la CRDH

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